Dans un discours tenu au Grand-Quevilly, le 24 avril 2007, dans le cadre
de la campagne présidentielle, monsieur Sarkozy dénonçait
« la repentance (…) cette mode exécrable (…)
dont les adeptes veulent ressusciter les haines du passé en exigeant
des fils qu’ils expient les fautes supposées de leur père
».
Comment ne pas applaudir ? Mais comment ne pas s’étonner
que dans ce même discours, aussi bien que dans nombre de ceux
qui l’ont précédé ou suivi, il entretienne
lui-même un complexe de repentance en criminalisant le pétainisme.
C’est ainsi que le 9 décembre 2002, lors d’un débat
baptisé Cent minutes pour convaincre et télévisé
sur France 2, il protestait contre l’emploi par des médias
du vocable « rafle » pour qualifier certaines mesures qu’il
avait prises en tant que ministre de l’Intérieur. Il s’insurgeait
: « La rafle, c’est quand une partie de la police française,
aux ordres d’un gouvernement félon, ramassait des gens
pour cause d’appartenance ethnique ou religieuse pour les emmener
dans des chambres à gaz ».
Il accusait donc la France et son gouvernement de complicité,
c'est-à-dire, selon l’Académie française,
de participation intentionnelle à l’acte de barbarie que
fut le génocide des juifs européens, perpétré
par l’appareil hitlérien. Il réitère cette
accusation, sous une forme plus allusive, lorsque dans son discours
d’investiture, prononcé le 14 janvier 2007 à Paris
(Porte de Versailles), il déclare : « Tous les Français,
durant la guerre, n’étaient pas pétainistes (…)
Les paysans du Périgord qui cachaient au péril de leur
vie les juifs de Strasbourg n’étaient pas pétainistes
».
Une telle formulation dont le sous-entendu est clair souligne l’ignorance
de faits historiques qu’il importe de rappeler pour la énième
fois.
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En 1940, 730 000 juifs vivaient dans la mouvance française :
330 000 en Métropole, 200 000 au Maroc, 120 000 en Algérie,
80 000 en Tunisie. 76 000 furent déportés dont 3 000 survécurent.
C’est donc 10% de cette population qui furent victimes de la Shoah,
tandis que plus de 80% de leurs coreligionnaires européens disparaissaient.
Une personnalité juive ayant vécu à l’époque
en Afrique du Nord déclare à ce sujet : « C’est
drôle tout de même que ce soit la France vichyste qui nous
ait permis d’échapper à la solution finale »
(Revue Le POINT, 19 novembre 1999).
L’historienne juive, Annie Kriegel, ne parle pas de pétainisme
quand elle souligne, au sujet de l’étoile jaune, que «
malgré plusieurs demandes en ce sens des autorités allemandes,
le maréchal Pétain avait refusé d’en imposer
le port en zone Sud et en Algérie (Ce que j’ai cru comprendre,
p.173) ; et elle conforte la portée de ce constat quand elle
se demande « si la part de sacrifice dans la politique et la conduite
du maréchal Pétain n’ont pas eu des effets plus
certains et positifs sur le salut des juifs que sur le destin de la
France » (op. cité , p.172).
Simone Weil condamne implicitement l’emploi péjoratif du
vocable pétainiste quand elle écrit de New-York, en novembre
1942, quelques jours avant son départ pour Londres où
elle mourra en août 1943 : « Je n’aime pas beaucoup
entendre des gens, parfaitement confortables ici, traiter de lâches
et de traîtres ceux qui, en France, se débrouillent comme
ils peuvent dans une situation terrible (…). Je crois que Pétain
a fait tout ce que la situation générale et son propre
état physique lui permettaient de faire pour limiter les dégâts
» (Cahiers Simone Weil, mars 1987, Lettre au professeur Jean Wahl).
Une autre personnalité juive, le docteur Nora, dans sa déposition
lors du procès de Xavier Vallat qui fut commissaire aux affaires
juives, témoigne que par celui-ci « il avait pu connaître
la date de certaines grandes rafles, en particulier celle du 16 juillet
1942 ; indiscrétion voulue par lui et qui nous permit de sauver
environ 10 000 israélites. L’ordre allemand était
l’arrestation de 25 000 juifs ; douze à treize mille furent
arrêtés » (Procès Vallat, audience du 5 décembre
1947).
Le témoignage du grand rabbin Weill est aussi édifiant.
Lors du procès de Georges Scapini qui fut ambassadeur des prisonniers,
il reconnaît que, grâce à la mission que celui-ci
dirigeait, « nous avons pu éviter le pire en ce qui concerne
ceux d’entre nous qui se trouvèrent en captivité
» (Scapini, Mission sans gloire, p.200). Pétain, Laval
et Scapini s’étaient en effet opposés aux intentions
allemandes d’extraire les juifs des camps de prisonniers de guerre
français, afin des les traiter comme leurs coreligionnaires européens.
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Cette attitude du Maréchal et de son gouvernement est dénoncée,
en des termes violents, par Ribbentrop qui, dans une lettre du 29 novembre
1943, reproche à Pétain sa résistance permanente.
Elle est attestée par Helmut Knochen, commandant de la police
de sûreté et des services de sécurité (Sipo
S.D.), lequel, se référant à un entretien avec
Eichmann, écrit dans un rapport daté du 12 février
1943 : « En entreprenant maintenant la solution finale de la question
juive, il faut tenir compte que Pétain s’y opposera…
». Et lorsque dans le même document Knochen souligne qu’il
« a été refusé de promulguer l’introduction
de l’étoile juive par le gouvernement français (…)
c'est-à-dire surtout par le maréchal Pétain »,
il confirme le témoignage du grand rabbin Schwartz auquel le
Maréchal avait confié : « Tant que je serai vivant,
je n’accepterai jamais que cette ignominie qu’est l’étoile
jaune soit appliquée en zone sud » (cité par Robert
Aron dans Le Monde et la Vie, février 1961). Ce qui prouve de
manière éclatante qu’il n’y eut jamais la
moindre intention de génocide dans la pensée du Maréchal,
un génocide dont le monde n’eut connaissance qu’en
avril 1945, à la découverte des camps de la mort.
Ce constat ne peut, bien entendu, satisfaire les lobbies que dénonçait
Annie Kriegel quand elle déclarait : « Il y a une jeune
école historique qui veut mener une sorte de guerre privée
et qualifiée d’héroïque contre le gouvernement
de Vichy. Il me paraît absurde de renverser les choses au point
de dire que non seulement le gouvernement a été complice
mais qu’il a pris l’initiative d’une entreprise de
répression des juifs » (interview dans Valeurs actuelles,
25 mars 1991).
En effet, les contempteurs du Maréchal s’évertuent
d’une part à faire l’amalgame du statut des juifs,
et de la Shoah, d’autre part à porter au seul crédit
de la société civile la protection physique qui fut assurée
à la majorité des juifs vivant dans la mouvance française.
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Certes, la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs -et ses nombreux
modificatifs- fut injuste puisque ses dispositions visaient tous les
juifs français, alors qu’au lendemain du désastre
de 1940 il s’agissait de juger et de sanctionner ceux des Français,
juifs ou non-juifs, qui avaient pu en être responsables. Ceci
dit, il n’existe aucun rapport d’ordre politique entre la
Shoah et une loi promulguée en octobre 1940, c'est-à-dire
à une époque où la folie hitlérienne n’avait
pas encore décidé la solution finale, mais chassait les
juifs hors des frontières du Reich. L’historien René
Rémond observe à ce sujet que la politique du gouvernement
français tendait à enfermer les juifs « dans un
statut discriminatoire qui les écarte de tout poste de responsabilité
ou d’influence » mais que « le gouvernement du Maréchal
ne vise aucunement à leur disparition » (Préface
à l’ouvrage d’Asher Cohen, Persécutions et
Sauvetages).
Il faut beaucoup d’imagination ou d’ignorance calculée
pour attribuer à la seule société civile la protection
relative mais certaine de la population juive vivant en France et en
Afrique du Nord. Comment expliquer que, dans les pays européens
autres que la France, ladite société soit restée
aussi peu efficace ? Leur manquait-il un Maréchal ? Et comment
imaginer que c’est la société civile – y compris
les quelques 2 800 justes auxquels la France rend un légitime
hommage – qui a protégé les français juifs,
prisonniers de guerre ? qui a assuré la protection physique de
tous les juifs d’Afrique du Nord ? qui a interdit le port de l’étoile
jaune ?
L’histoire sait que ces derniers faits sont à porter au
seul crédit du gouvernement français.
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Alors, que veut donc dire monsieur Sarkozy dans ses récents discours
de candidat à la présidence de la République ?
Le 23 avril 2007, à Dijon, il s’interroge sur les raisons
des sentiments que lui prêtent ses adversaires : « Pourquoi
tant de haine ? Parce que je dis que tous les Français n’étaient
pas pétainistes ? Que des mères françaises ont
caché des enfants juifs au milieu de leurs propres enfants ?
Que des résistants sont morts dans les maquis ?
Le 24 avril 2007, près de Rouen, il brode sur le même thème
: « Je veux dire que durant la guerre tous les Français
n’ont pas été pétainistes, qu’il y
a eu aussi des héros de la France libre et de la Résistance,
que si certains Français ont dénoncé des juifs
à la Gestapo d’autres plus nombreux les ont aidés
au péril de leur vie, que des mères ont caché des
enfants juifs parmi leurs propres enfants. C’est cela la France
éternelle, la vraie France ».
Il reprend ainsi les arguments de ses discours précités
du 24 janvier 2007 (Porte de Versailles) et, notamment, du 9 décembre
2002 sur France 2 au cours duquel il accusait « la police française
aux ordres d’un gouvernement félon » d’avoir
« ramassé des gens (…) pour les emmener dans des
chambres à gaz ». Il égale le fabuliste, Jacques
Chirac, lequel se plaisait à exhorter les Français à
regarder leur histoire en face, tout en diffamant l’Etat français
- qui, selon lui, avait imposé aux juifs le port de l’étoile
jaune -, et en accusant la France de complicité avec les démiurges
de la Shoah. Le 16 juillet 1995, il avait, en effet, déclaré
: « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été,
chacun le sait, secondée par l’Etat français (…)
La France, patrie des droits de l’homme, terre d’accueil,
terre d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable.
Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés
à leurs bourreaux ».
Odieux ! D’autant que chargé par la Constitution de garantir
l’indépendance de la justice (article 64), donc de ne pas
la rendre lui-même, il promulgue le 10 juillet 2000 une loi sur
« les crimes racistes et antisémites de l’Etat français
», loi prétendant dire l’histoire et portant un jugement
qu’aucune cour de justice n’avait jamais rendu.
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On pouvait espérer que monsieur Sarkozy abandonnerait ce langage.
En effet, au cours de son dernier meeting de campagne présidentielle,
le 3 mai 2007 à Montpellier, il dénonçait de nouveau
l’esprit de repentance, clamant haut et fort que la France n’avait
pas « commis de génocide » et « inventé
la solution finale ». Mais il évoquait deux fois les pétainistes
en l’opposant à la Résistance !
Que veut-il donc dire en employant ce vocable, le pétainisme,
dont le contenu échappe à toute définition, ce
qui permet toutes les interprétations. Quelles que soient celles-ci,
elles renvoient à Pétain dont l’esprit de résistance
est attesté par les témoignages précités
de personnalités juives et d’autorités allemandes.
Lors de l’ouverture de son procès, le 23 juillet 1945,
l’illustre soldat déclarait dans son allocution liminaire
: « Je suis resté à la tête d’un pays
sous l’occupation. Voudra-t-on comprendre la difficulté
de gouverner dans de telles conditions ? Chaque jour, un poignard sur
la gorge, j’ai lutté contre les exigences de l’ennemi.
L’histoire dira tout ce que je vous ai évité, quand
mes adversaires ne peuvent que me reprocher l’inévitable
».
Les Français savent que, dans ses fonctions de ministre de l’Intérieur,
monsieur Sarkozy fut confronté à Clichy-sous-Bois et en
autre banlieue aux exactions de quelques centaines de voyous, sans parvenir
à les policer. Il est donc mieux placé que quiconque pour
comprendre le combat que fut celui du Maréchal, face à
un adversaire d’une tout autre dimension.
Et s’il ne comprend pas que des fautes ont pu être commises
au cours des quatre années de ce terrible combat, qu’il
médite le mot d’Albert Einstein : « Tu ne peux pas
être rendu responsable d’actes qui sont accomplis sous une
contrainte irrésistible » (Comment je vois le monde, Flammarion,
1958, p.14).